Polaroïd, saynètes et philosophie

J’ai découvert récemment sur le site de Questionsphotos.com un article sur la manière de simuler un rendu Holga et Polaroïd sous Photoshop. Bien qu’adèpte du  »je pense ma photo avant de la prendre et j’utilise l’appareil correspondant à mon émotion » plutôt que du  »je prends une photo et je regarde ensuite ce qu’elle donne en lui appliquant 652 filtres différents », je me suis dit en lisant cet article que ça valait le coup de voir ce que donnait cette simulation, moi grand adepte de Holga devant l’éternel.
Je charge donc le script sous Photoshop et commence donc à faire des essais. Le résultat est bluffant, on s’y croirait et je félicite ici l’auteur (Maximilian Jaenicke). Par contre, y’a rien à faire, vous m’enlèverez pas de l’idée que tout ce qui se passe avant la photo en elle-même me manque. Se saisir d’Holga, l’ouvrir, mettre la bobine, refermer le boitier (en priant qu’il soit toujours aussi peu étanche) et puis… surtout… penser Holga.

J’en viens (enfin) au sujet principal du billet. J’en ai profité aussi, du coup, pour tester le rendu Polaroïd. Je me suis toujours dis que je m’y mettrais un jour parce que ce concept me plait. Un seul original qui est en même temps la photo, un rendu poétique pouvant se prêter à beaucoup de sujets, la possibilité d’écrire sur le bord inférieur et d’allier ainsi le texte à l’image, bref de nouvelles perspectives de création pour moi et mon oeil impatient.
J’ai fait beaucoup d’essais  »numériques » grâce à ce script Photoshop jusqu’à être prêt à franchir le pas et devenir un vrai Polaroïdovore.

Et puis la nouvelle tombe, relayée par tous les magazines photos, sites spécialisés, blogs persos d’amoureux de l’image. Même par Le Monde qui y consacre un article.
La firme Polaroïd arrêtera l’année prochaine la production du film développement instantané qui a fait sa renommée pour se recentrer (c’est le terme markéting) sur les écrans plats et la photo numérique. Tout en fermant deux usines et licenciant la moitié de son personnel au passage…

Je ne me mettrais donc jamais au Polaroïd, je ne vais pas m’acheter un appareil maintenant et me ruer sur les derniers stocks de films produits. Je préfère les laisser aux pratiquants assidus, à ceux qui voient en Polaroïd, à ceux pour qui c’est un instrument de création et d’expression. Et ils sont nombreux…
Je vais donc continuer à me servir de Photoshop en respectant au maximum le concept du Pola; même si je ne connaitrais jamais la sensation physique du film et de l’appareil… si je ne connaitrais jamais ces quelques secondes d’attente avant de voir sortir la photo de l’appareil.

Pour revenir à ma conception de la photographie évoquée au tout début, je me rends compte que de plus en plus… on n’aura plus le choix. Tout le processus de création se passera après la capture de l’image et non plus avant.
Il faut peut être que que je me dépêche de profiter de Holga avant que ce ne soit au tour du bon vieux film 120 en rouleau de disparaitre.

Pour vous laisser sur quelques photos, voici un petit échantillon de la série sur laquelle je voulais travailler avec un Polaroid. Ça pourrait s’appeler  »Saynètes de leur vie quotidienne légendées par un papa qui n’a pas grandi ».
A voir si je continue ou pas…

4 responses on “Polaroïd, saynètes et philosophie

  1. Quentin Flash Mac Queen dit :

    Parrain, on pourra les garder ces photos, elles sont belles…

  2. The Godfather dit :

    Pas de problèmes bonhomme… à condition que tes parents t’apprennent à lire avec…

  3. Eric dit :

    Ton essai « type Polaroîd » est tout à fait convaincant…Il faut continuer ! Ta démarche est très proche de l’idée que l’on se fait du film instantané. L’esprit du pola est somme toute assez ludique, et je le pratique occasionnellement. Le mythique SX 70 n’ayant plus de film pour le nourrir, je m’étais rabattu sur un basique de la série 600, car contrairement à toi je crois nécessaire de tout faire pour essayer quelque chose, avant que cela ne soit oublié…Je ne me suis pas impliqué plus que ça dans son utilisation, mais j’ai simplement du plaisir à l’utiliser de temps à autre. Je n’étais pas au courant du futur arrêt du film pola, je vais donc essayer de m’en procurer ;))) Et je te conseille quand même de réserver une vingtaine d’euros dont tu te délesteras dans un stand d’occase pour un appareil 600 :)))

    Tu évoques par ailleurs le processus créatif et son glissement de l’avant prise de vue vers l’après. Je crois que les qualités d’un photographe doivent être latentes et se révéler dès la préparation d’une photo. Notamment à travers l’identification, le choix, le repérage d’un sujet, ainsi qu’à l’adaptation et au chargement du matériel à utiliser. Cette préparation parfois longue et ingrate aboutit à un paradoxe (consécutif ) : la faculté pour un photographe d’être aussi d’une célérité sans faille face à une situation inattendue. Ce déclenchement « intuitif » étant dans ce cas le résultat d’une parfaite exploitation de sa propre « base de données photo » patiemment constituée dans d’autres circonstances.
    Nous sommes exactement dans le cas du musicien émérite qui continue à faire des gammes et à tendre l’oreille, tout en étant en mesure d’improviser de la façon la plus complexe et dans un style musical qui n’est pas forcément le sien…Et en plus il va nous donner l’impression que c’est super facile ! L’utilisation de procédés traditionnels relève parfaitement de cet état d’esprit, la prise de vue en dilettante (accompagnée d’une prolifération d’images non abouties ) ne peut à mon avis soutenir la comparaison à long terme, et ne peut même qu’en accélérer l’indigestion pour le spectateur… Le processus de création après la prise de vue, respectable, et parfois même admirable, s’éloigne du métier de photographe et relève plus du graphiste, du retoucheur, voire même de l’informaticien.

    L’histoire du pola est peut-être en train de se nouer, mais celle du film (quel qu’en soit le format ) continue et reste de notre responsabilité : achetons-en et faisons le choix de mettre le maximum de nous-même dans une photo avant de déclencher ! Pour l’après on a tout le temps d’y réfléchir…

    A bientôt, Eric_____

  4. SteFan dit :

    Vais-je finalement subir aux sirènes du Polaroïd ? Bon allez je jetterai un coup d’oeil le 6 avril au Forum Photo de Vienne.
    Toujours aussi ravi de discuter photo avec toi…

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